Quand la poésie aide à penser la guerre.
Que peuvent les mots dans un monde qui s’effondre ?
Dans “Mahmoud ou la montée des eaux” (2021), Antoine Wauters fait entendre les vers d’un vieux Syrien.
Muni d’un masque et d’un tuba, cet homme plonge dans le lac El-Assad, né de la construction du barrage de Taqba en 1973. Il y voit sa maison d’enfance engloutie et revisite ainsi ses souvenirs. Ceux-ci le confrontent à la douleur.
👉 Douleur de voir son pays détruit par un dictateur (Bachar El-Assad).
“Mais ce pays est idiot
Il est une publicité pour la mort”, (p.74)
👉 Douleur de voir son peuple réduit au silence, à la soumission.
“Tout le monde pleurait.
Que veux-tu : la foule finit par aimer ceux
qui la tyrannisent.”
👉 Douleur d’endurer la mélancolie et de se croire dépassé.
“Vieillir, c’est devenir l’enfant que plus personne ne voit.” (p.46)
Parmi ces souffrances infuse une réflexion sur l’impuissance des mots…
❓ Que servent-ils, si ce n’est l’opulence futile ou des couches de gras informationnelles ?
“Et par-dessus le marché, le monde grouillait de mots.
Il était un poème saturé, dégoûtant”, (p.74)
❓ Que peuvent-ils, sinon pleurer ce qui a eu lieu sans parvenir à orienter nos actes ?
“Quels mots pour dire une terre qui survit au massacre de l’enfant ?”, (p.85)
“Muet, comme tout ce qui compte et souffre en ce monde” (p.65)
… et sur la puissance des mots.
✅ Puissance de parler du monde à la juste distance.
“voir ce lieu où est ma vie, quelque part entre ici et ailleurs, Sarah, au milieu, car trop près du réel on meurt, et trop loin aussi.” (p.76)
✅ Puissance, à défaut de changer le monde, de nourrir les imaginaires qui pourraient le faire bifurquer.
“Toute ma vie, j’ai écris parce que je souffrais de voir
se briser ce pays : celui des rêveries de l’enfant”, (p.116)
“Ta voix était de l’eau.
On la buvait,
Et notre esprit était en fleurs” (p.111)
En résumé, les mots peuvent un peu tout, entre l’indigence et la beauté.
Pour échapper au brouhaha, cherchons les mots justes et poétiques, les mots nécessaires. On les trouve dans quelques articles, des essais, et surtout en poésie et en littérature.