🗺️ 🧐 En quoi l’histoire peut-elle nous aider à penser le présent ?
Dans “Une sortie honorable” (2022), Eric Vuillard évoque avec un style acerbe le rôle des élites dans les guerres d’Indochine et du Vietnam.
👉 On y voit une peinture brûlante des élites
“l’on pourrait continuer ainsi pendant des heures, on croiserait les mêmes cent fois” ; “toute cette concentration prodigieuse de pouvoir qu’on appelle une société, cette absence congénitale de scrupules qui devrait susciter l’effroi”
“Imaginez des acteurs qui ne redeviendraient jamais eux-mêmes. Ils joueraient éternellement leur rôle. Le rideau tomberait, les applaudissements ne les réveilleraient pas. La salle vide, la rampe éteinte, la nuit tombée, ils ne quitteraient pas les planches. On pourrait bien leur hurler que l’on a compris, que leurs répliques sont connues, que nous savons l’action par cœur, ils continueraient obstinément à jouer, errant et vociférant sur la scène. On les dirait envoûtés par eux-mêmes, pris à leur propre jeu, le cœur percé de leurs propres flèches.”
👉 On y lit la disponibilité à géométrie variable de l’argent :
“On nous explique, le doigt en l’air, que si l’on dépense au-delà de ce qu’on peut rembourser, eh bien, c’est banqueroute. Et les vieux renards qui passent leur vie, museau penché, derrière les moindres virgules, et nous rabiotent ici un centime, là deux, les gardiens féroces de nos pièces jaunes, voilà que soudain, pour une dépense aussi folle, aussi vaine, aussi meurtrière, ils ne connaissent pas une seconde d’hésitation, main sur la poitrine, chantant l’hymne national, ils jettent un milliard par la fenêtre tous les jours.”
👉 On s’y rappelle les buts de guerre, les officiels les officieux, dans un chapitre intitulé “Comment nos glorieuses batailles se transforment en sociétés anonymes” :
“l’on devrait, par soucis de précaution, rebaptiser la bataille de Cao Bang, à propos de laquelle s’écharpe le parlement : bataille pour la société anonyme des mines d’étain de Cao Bang ; cela lui conférait sa véritable importance.”
👉 On y trouve des réflexions sur la possibilité d’une sincérité en politique :
“Les députés, abandonnant momentanément les consignes de parti, oubliant les intrigues, les marchandages de séance, redevinrent pour un court instant des personnes. Et non plus des raisons sociales.”
“Il y a dans le visage de Mendès quelque chose de rassurant et d’inquiet, de fragile et de cartésien, de coriace et d’hésitant, qui faisait son charme. Et lorsque quelqu’un dit la vérité, c’est-à-dire tâtonne dans l’obscur, cela se sent.”
✅ De ce livre, je tire trois enseignements :
1️⃣ L’abandon de l’idéalisme convivial rend l’espèce humaine à un réalisme destructeur.
2️⃣ Dans nos sociétés modernes, le pouvoir de l’argent et celui de l’ordre font (malheureusement) assez bon ménage en situation de crise - on appelle ça le capitalisme autoritaire.
3️⃣ La sincérité aide à rendre compte de la complexité du monde et à amoindrir le ressentiment.