Julien Gracq et l'agriculture

Retour à la terre et désanthropocentrisation

Témoin
2 min ⋅ 11/01/2024

L'écrivain Julien Gracq écrivait dans "Noeuds de vie" :

Chaque année voit s’amaigrir et s’étioler autour des bourgs les jardins potagers qui leur faisaient une tendre ceinture verte, bénignement gonflée de sucs comestibles. Le Français de 1978, qui consent encore, comme l’Américain, à passer la tondeuse sur la pelouse de son bungalow, se refuse désormais à cultiver ses légumes. Le contact vital avec le sol de la main qui plante et qui désherbe, le bonheur physiologique modeste et pourtant épanoui qui nait du don libéral de l’eau à la terre sèche, celui qui s’attache au guet de la pousse verte crevant le sable du semis, à la vrille du haricot qui monte décorer sa rame, tout cela s’éloigne peut-être de nous sans retour. Le plus comblant, le plus luxuriant des métiers bénévoles, où une vie s’attache à nourrir, à guérir, à protéger, à élaguer, à aérer d’autres vies, naguère encore une distraction enrichissante du grand nombre, disparaît au moment même - et on serait tenté de dire dans la mesure où - l’adjectif culturel vient fleurir toutes les lèvres…”

Que retenir de cet extrait ?

🥒 Notre résilience alimentaire pourrait être renforcée par l'auto-production et la mise en commun d'espaces verts.

⏲️ La reprise en main de nos productions essentielles nécessite une libération des productions superflues qui dégagera du temps. Ce temps moins rémunérateur au sens du capitalisme ne peut être considéré comme oisif et devrait donner lieu à une valorisation financière.

🎨 La culture, quand elle s'éloigne de la culture (agricole), invisibilise les conditions de sa perpétuation (pas de culture sans nourriture / pas de culture sur une planète brûlée) et participe à la "hors-solisation" de nos représentations du monde : le vivant n'y a plus sa place.

Heureusement, ça change - un peu :

✅ Le retour à la terre est au goût du jour (impression qui serait à confirmer par des chiffres), l'envie aussi de faire rimer pour de vrai culture et agriculture.

✅ Devant l'avalanche de burn- et de bore-out, de plus en plus de personnes désertent de métiers vides de sens - et le grand chantier est désormais de les accompagner vers une activité pérenne.

✅ Une partie du monde de la culture s'intéresse à l'écologie, réécrit ses scénarios, modifie ses processus de création, se désanthropocentrise.

Témoin

Par Tanguy DESCAMPS

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