Quand une troupe de musiciens parcourt un monde effondré pour tenter de garder sa dignité.
“La caravane de tête arbore une ligne de texte supplémentaire : “Parce que survivre ne suffit pas.””
Dans ce roman paru en 2013, Emily St John Mandel explore “ce qui fait de nous des humains”, en abordant l’effondrement sous le prisme de la pratique artistique.
〽️ Dans un monde où une grippe venue de Géorgie a tué 99% de la population, entraînant une forme d’effondrement de la civilisation thermo-industrielle, des grappes de rescapés tentent de survivre. Parmi eux, une troupe d’acteurs et musiciens vagabonde de lieu en lieu, tentant au milieu des épreuves de “préserver l’espoir en jouant du Shakespeare et du Beethoven”.
Ce roman propose une réflexion nuancée sur la place de l’art dans nos vies, sur sa nécessité quand bien même adviendrait le chaos. S’il ne saurait être un absolu remède au désespoir, il permet de traverser les difficultés avec plus de grâce, de dignité, et de renouer avec une sensibilité perdue.
Un passage m’a particulièrement plu, p. 253 :
🖋️ “Il avait toujours existé une infrastructure, à la fois massive et délicate, de gens qui travaillaient tout autour de nous, dans l’indifférence générale - et quand ces gens cessent d’aller travailler, le système tout entier se trouve paralysé.”
🛠️ Cette observation fait écho à l’actualité des crises sanitaires (infirmières burn-outées, caristes indispensables), énergétiques (agents de maintenance des infrastructures, ouvriers), alimentaires (boulangers, paysans, conducteurs de poids-lourds), sociales (aides à domicile, professeurs), dont la reconnaissance financière et sociale - en dépit des mots présidentiels - continue d’être inversement proportionnelle à l’utilité sociale.
Tout artiste est “embarqué dans la galère de son temps”, disait Camus ; il ne peut s’échapper totalement du monde “dans lequel et dont il vit “ (Pierre Charbonnier). Sans succomber aux facilités scénaristiques, le rôle des créateurs actuels pourrait être de s’emparer des imaginaires actuels pour les faire bifurquer, voire les bouleverser complètement. Certains le font déjà !
👉 Nous n’avons pas besoin de héros surconsommateurs galvanisés par la quête d’une réussite individuelle ; nous avons envie de personnages et de scénarii complexes dont la peinture donnerait à saisir l’importance de l’essentiel, au premier chef la préservation des conditions d’habitabilité de la planète.
🌍 📯 Alors peut-être l’art pourra perdurer dans un monde qui ne ressemblera pas à celui effondré de “Station Eleven.”
Au fait ! Le livre a fait l’objet d’une adaptation en série (10×50min) en 2021-2022 : Station Eleven - Série TV 2021 - AlloCiné (allocine.fr)