Aller jusqu'au bord du monde (le tenter au moins)
Bonjour đïž
En tĂȘte de cordĂ©e, Gaspard veut atteindre âLa Grandeâ, mystĂ©rieux sommet drapĂ© de brume, qui semble inaccessible. MĂ©taphore probable du chemin vers Dieu ou lâĂ©ternel, cette quĂȘte amĂšne avant tout Ă une rĂ©flexion sur lâintĂ©rioritĂ© : et si, voulant âaller lĂ -hautâ, ce nâĂ©tait pas une plongĂ©e intĂ©rieure quâil opĂ©rait finalement ?
Ainsi pourrait-on rĂ©sumer âLe bord du monde est verticalâ (2022) de Simon Parcot, premier roman aux Ă©ditions âLe mot et le resteâ.
Jâen ai retenu deux citations, qui disent la vanitĂ© des âobjectifs en tant que telâ, des âbuts Ă atteindre absolumentâ :
âEt si le sommet vĂ©ritable ne se dĂ©voilait quâaux renonçants ?â (p. 59).
đ Le sommet est-il vraiment atteint par celui qui veut tout contrĂŽler du chemin y menant ? Nây a-t-il pas une Ă©thique du lĂącher-prise, voire du renoncement, Ă explorer, contraire Ă celle de lâaccomplissement qui irrigue nos pensĂ©es consumĂ©ristes ? Et si, au final, âne pas avoirâ ou âne pas faireâ, permettait dâaccĂ©der plus profondĂ©ment au but recherchĂ©, par lâimagination ou des chemins dĂ©tournĂ©s ?
âSi je grimpe, câest pour redescendreâŠâ (p. 112).
đ Loin de vouloir aller au sommet pour y rester, Gaspard Ă©voque lâimportance du retour, de la descente vers la vallĂ©e qui lui est chĂšre. Il est malsain de ârester en hautâ, dans une forme dâivresse des cimes qui subjugue mais risque Ă force dâentretenir une attitude hors-sol. Redescendre, câest prendre le temps de la relecture, de lâatterrissage, de la reconnexion au quotidien sans lequel lâaventure ne serait pas.
Outre un prĂ©texte Ă des pensĂ©es philosophiques, âLe bord du monde est verticalâ est Ă©galement un trĂšs beau roman, qui nous nourrit de passages comme celui-ci, avec lequel je vous laisse :
âLe monde est bien plus vaste que ce que nous pensons. Nous passons notre vie Ă le rĂ©duire, ramenons lâinconnu au connu et rĂ©duisons la diffĂ©rence au semblable. Lâailleurs ne nous Ă©chappe plus, nous avons oubliĂ© les surprises. Nous vivons dans nos territoires, nous habitons les mĂȘmes lieux et aimons les mĂȘmes personnes jusquâĂ dire âle monde est comme ceciâ. Mais le monde nâest pas comme ceci. Il est bien plus vaste que ce que nous pensons. Il est un rĂ©servoir infini de nouveautĂ©s, un fauve qui se dĂ©robe, un immense tableau qui demande Ă ĂȘtre dĂ©voilĂ©. Marcher vers le Bord du monde nous enseigne cela. Chaque pas ne rapproche pas du but, il nous en Ă©loigne. Chaque pas est une dĂ©prise de soi qui nous rapproche de la vĂ©ritĂ©, qui nâest rien dâautre que lâoubli.â (p. 109).
Alors, bon weekend dâabandon đ
Tanguy.
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